Les habitants de l'ile de la Gonâve souhaitent que l'ile soit indépendente

L’île de la Gonâve constitue un arrondissement du département de l'Ouest, et est composé de deux communes : Anse-à-Galets, Pointe-à-Raquette.

Cloîtrée entre deux bras de mer qui se rejoignent dans la baie de Port-au-Prince, Ses 87 000 habitants vivent dans des conditions très précaires. Ainsi, cette grande île, ville natale du boxeur internationnal Joachim Alcine et du footballerJean-Robert Menelas, ne possède qu'un port rudimentaire dénommé Zetwa situé au nord-ouest, tandis que celui de Anse-à-Galets est également mal équipé.


L'île souffre d'un retard de développement par rapport au reste du pays, notamment du fait que La Gonâve manque d'infrastructure dans tous les domaines. L'état de délabrement des routes est criant, puisque celles-ci sont le plus souvent en terre battue et en mauvais état. Cela se répercute sur le coût du transport, aggravant ainsi les effets de la cherté de la vie, même pour les produits locaux.


Constant Joseph, maire principal d'Anse-à-Galets, souligne que « le prix d'achat ici par rapport à la capitale est supérieur de 100 gourdes, au moins ».

« La Gonâve est entièrement dépendant du reste du pays qui l’approvisionne via le service des voiliers », se plaint un journaliste et résident de la commune Anse-à-Galet de l’île.

De plus, l'île fait face à une importante pénurie d'eau, puisque dans les régions reculées, il n'existe que les sources qui, à la saison sèche (de décembre à mai), viennent parfois à se tarir. Le service public d'eau potable (SNEP) est absent de La Gonâve depuis plus de 10 ans.


Elle ne dispose que d'un seul médecin en santé publique, et trois centres de santé non équipés (l’un à Pointe-à-Raquette, l’autre uniquement à vocation hospitalière est implanté à Anse-à-Galets, tandis le dernier à Palma ne dispose d'aucunes structures). Il n'y a qu'un seul lycée, pas d'université, aucune usine d’électricité, et encore moins d'infrastructures de télécommunication. L'île de la Gonâve ne compte que 15 policiers ; la commune de Pointe-à-Raquette par exemple dispose d'un seul policier pour ses 45 000 habitants. De plus, il n'existe que quatre juges pour toute l'île

Forts de ce constat, des habitants de La Gonâve souhaitent que l’île se détache de la grande terre pour devenir indépendante. Périlleuse et illégale, la démarche prend racine dans des complaintes portées par l’ensemble de l’arrondissement. Elle a cependant peu de chances d’aboutir.


« Après moult réflexions, j’ai fini par constater que l’autodétermination est la seule issue pour sortir de cette spirale de pauvreté qui nous engloutit tous dans la misère sur l’île », pose Vladimir Castor Simon, l'un des leaders de « Lagonav Endepandan (LAGE) ». Cette structure lancée en 2017 fait de la diplomatie son arme de combat principal.

Il y a deux ans, LAGE a rédigé une pétition pour réclamer le droit à l’autodétermination de l’île au regard des droits internationaux. À date, le document adressé au président Jovenel Moïse, aux Nations Unies, à l’OEA et à la Caricom a recueilli à peine 200 des 500 signatures demandées.


LAGE a tenté de rallier à sa cause des nations comme le Chili, l’Argentine ou les Bahamas. Dans l’attente de l’aboutissement de ces requêtes, la structure a rédigé l’acte de l’indépendance de l’île, préparé le drapeau et la carte d’identification de ce « nouveau pays ».

Une lutte qui n'est pas sans souffrance: « Nous avons fait l’objet de menaces de la part des résidents de La Gonâve qui ne voient pas d’un bon œil le projet d’autodétermination de l’île. Nous en avons aussi reçu de la part d’inconnus qu’on n’arrive pas à identifier jusqu’à date », se plaint Vladimir Castor Simon. LAGE et La Gonâve en Action sont très affaiblis. Selon ses dires, la plupart des 89 membres de LAGE ont abandonné la lutte à cause des multiples menaces que subissent leurs familles.

Pourtant pour certains, le projet d’indépendance devrait s’accompagner d’une ambition pour rendre La Gonâve autosuffisante. « L’île doit pouvoir être en mesure de réduire sa dépendance vis-à-vis de la grande terre. Une fois l’autosuffisance acquise, on pourrait commencer à penser à l’indépendance », suggère un citoyen.

En lieu et place de l’indépendance, d'autres proposent une démarche citoyenne. « Je pense qu’on peut refuser de participer aux élections du pays en signe de protestation pour forcer l’État à prendre ses responsabilités et agir pour le développement de l’île », suggère un citoyen.


La Gônave Economic Development Group, une organisation fondée en 1997 et siégeant en Floride, se propose aussi d'investir plusieurs milliards de dollars US sur plusieurs années, capable de générer entre 250 000 et 1 500 000 emplois au niveau hôtelier, agricole, éducatif ou sportif. Parmi les secteurs envisagés : la construction de supermarchés, d'un aéroport international, d'un complexe portuaire industriel et commercial, d'une aire de recherche et de stockage de produits pétroliers, des facilités bancaires, des offres de services de locations de bâtiments à caractère industriel, des compagnies d’électricité en support à l’Électricité d'Haïti (EDH) qui les supervisera, des usines de recyclage du plastique en vue de fabriquer des fibres textiles, un centre de météorologie et Pré-désastre, etc. Sans oublier des jardins botaniques, un zoo et de multiples attractions culturelles. Cependant, la lourdeur et la complexité du dossier semble avoir constitué un frein pour la prise de décision des pouvoirs publics7.

Pourtant La Gonâve ne manque pas d'atout pour amorcer son développement : outre un gisement de pétrole découvert il y a quelques années dans les sédiments marins entre 6 000 et 7 000 mètres de profondeur dans le Canal de la Gonâve et spécifiquement dans la baie de Rochelois, l'île dispose d'un potentiel touristique important.

30 vues0 commentaire

Actualités

A Singapour, l’épidémie de #COVID2019 révèle la précarité des 300 000 travailleurs migrants : la promiscuité dans laquelle ils vivent réunit toutes les conditions d’une propagation maximale du coronavirus.