Le Congrès se réunit mercredi pour le comptage final et la certification du résultat des éléctions.

Ils sont onze sénateurs républicains, emmenés par le texan Ted Cruz, candidat attaqué et insulté par Donald Trump avant de perdre largement lors des primaires il y a quatre ans. Leur stratégie est encore floue, et on ne sait pas précisément quels sont les États dont ils vont contester le résultat. Mais ils devraient logiquement s’aligner sur la rhétorique martelée par le président sortant, qui dénonce inlassablement des fraudes en Géorgie, dans le Wisconsin, et en Pennsylvanie. Des États-clés aux résultats serrés, dont l’inversion donnerait la victoire à Donald Trump.

Leurs chances d'empêcher la certification sont quasiment nulles : les autres sénateurs républicains ont choisi de certifier la victoire de Joe Biden, et un litige n’aboutit généralement qu’au statu quo… donc à la validation du résultat de départ. Pour Guillaume Debré, ancien correspondant de TF1 à Washington et spécialiste de la politique américaine, "Non seulement cette procédure de contestation du décompte n’a aucune chance d’aboutir, mais en plus elle n’a aucune base juridique : plus de 60 demandes d’annulation ou de recomptage de voix ont été rejetées par les tribunaux américains. Juridiquement, rien ne laisse penser que l’élection de Joe Biden n’est pas valide."


Ce mercredi 6 janvier, les deux chambres du Parlement se réunissent en Congrès, pour une procédure quasi-rituelle qui consiste à énumérer et valider les résultats du vote des Grands électeurs, pour chacun des États américains. À chaque étape, le résultat est soumis au vote, et tout sénateur est en droit d’objecter. Il lui faut cependant une base argumentée, et l’assentiment d’au moins un membre de la Chambre. La procédure complexe qui s’ensuit, aboutit généralement à valider le résultat initial, faute de consensus.

C’est le vice-président Mike Pence qui préside la séance, mais son rôle est ici surtout protocolaire, et limité à annoncer les décisions des parlementaires. C’est d’ailleurs à lui que reviendra la pénible charge de proclamer… sa propre défaite, lorsqu’il annoncera la victoire de Joe Biden et Kamala Harris. Ce fut aussi le cas pour Al Gore en 2001, candidat malheureux quelques semaines plus tôt face à George W. Bush ou encore pour Joe Biden en 2016.


Mike Pence est cependant dans une position doublement inconfortable, Donald Trump ayant déjà prévenu qu’il verrait sa proclamation officielle de la victoire de Joe Biden comme une trahison de son vice-président. Hier soir, en Géorgie, dans un meeting qui devrait être le dernier de sa présidence, ce dernier a persisté dans ses allégations de fraude, niant à nouveau la victoire des Démocrates : "Ils ne vont pas prendre cette Maison Blanche. Nous allons nous battre à mort, je peux vous le dire dès maintenant". Le meeting était initialement destiné à soutenir les candidats républicains au deuxième tour des sénateurs de Géorgie, mais Trump n’y a accordé que peu de temps. Ce scrutin local a pourtant une importance nationale majeure : si les deux candidats démocrates venaient à l’emporter, Joe Biden disposerait d’une majorité décisive au Sénat.

Des tentatives d'impliquer les forces armées américaines dans la résolution de différends électoraux nous conduiraient dans un territoire dangereux- Tribune signée par 10 anciens chefs du Pentagone

Encore martelées hier soir en Géorgie, les allégations complotistes et les menaces de Trump finissent par inquiéter jusqu’à de très hauts responsables. Ainsi, les dix anciens secrétaires à la Défense encore en vie, républicains comme démocrates, viennent de signer une tribune appelant à une transition pacifique. "Des tentatives d'impliquer les forces armées américaines dans la résolution de différends électoraux nous conduiraient dans un territoire dangereux, illégal et non constitutionnel", ont tenu à rappeler ces dix anciens chefs du Pentagone, donnant la mesure de leurs craintes.

La manœuvre qu’engageront demain les 11 sénateurs républicains au Congrès s’inscrit donc dans un contexte très volatil. S’ils sont explicitement conscients que leur démarche ne devrait pas aboutir, elle reste à prendre au sérieux.


L’enjeu, ce sont les quelque 70 millions d’électeurs que Donald Trump est tout de même parvenu à mobiliser. Car les "frondeurs" vont ainsi forcer leurs collègues républicains à voter contre leurs objections, créant un espace politique qu’ils pourraient exploiter dans la perspective des élections de 2024.


Selon Guillaume Debré, "ce qu’ils préparent, c’est évidemment l’après-Trump, tout en maintenant en vie le ‘trumpisme’. Ils ne sont pas du tout dans une logique de retour au centre. Ils pensent que surfer sur la colère de l’Amérique blanche, paupérisée et déclassée, c’est l’avenir du parti républicain." Derrière cette ultime mise en cause de sa défaite, se cache peut-être en fait l’acte inaugural de l’après-Trump dans le camp républicain.

Source: ici.fr

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